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“Aux
âmes citoyens...“
Art développement – Être conteuse aujour’hui…
Emmanuelle Bornibus est conteuse. En différentes régions
de France, elle tourne ses spectacles de contes de différents
pays, accompagnée de musiciens correspondants au pays concerné.
Elle a vécu en Chine, écrit et porte un intérêt
certain à la résonance du conte sur l’évolution
des personnes et du tissu social… Propos recueillis par Jean Lucien
Jacquemet.
Réel : A l'heure des médias suractifs, de l'immense réservoir
de connaissances déposé sur internet, quel est votre sentiment
d'utilité aujourd'hui ?
Ma façon de me positionner est, entre autre, de continuer à
transmettre le patrimoine oral sous une forme conviviale," de bouche
à oreilles", de cœur à cœur, c'est à
dire de faire, le mieux possible, mon métier de conteuse.
Les contes, c'est la vie, les hommes et les femmes, tels qu'ils sont
dans leurs vicissitudes, leurs rêves et leurs fantasmes, leurs
difficultés à accorder leurs énergies, féminines
et masculines, leur besoin impérieux de trouver leur place et
de donner sens à leur destin.
La conviction de mon utilité sociale me vient des retours du
public ou des personnes qui ont participé à nos stages.
Je me souviens avoir présenté "Les contes de la Brousse
Fauve" sur la place d'un quartier, le public n'était donc
pas captif. À la fin du spectacle, plusieurs femmes se sont approchées
de Mady, la chanteuse qui m’accompagne et de moi-même pour
échanger leurs impressions. L’une d’elles disait
:"C'est des choses comme ça dont on a besoin, pas de rester
devant notre télé à se désespérer
!".
Réel : Votre rôle ne se limite pas au seul fait de conter,
vous êtes aussi formatrice , et impliquée dans le domaine
social. Les contraintes de ces situations sont bien différentes,
sinon opposées… ?
En fait, les périodes où j'intervenais sur ces différents
domaines tous passionnants ont été très intenses.
Mais je me suis épuisée. J'ai donc décidé
de tenir compte de mes limites et de consacrer plus de temps à
mes activités artistiques, c'est à dire, au choix de nouveaux
contes, au perfectionnement des interprétations que j'en propose
et à la préparation de spectacles "contes et musiques".
Mon implication sociale se réduit à l'expression de mes
opinions là où je peux prendre la parole en public. Parfois,
j'offre aussi un spectacle pour défendre une cause. C'est bien
trop peu, mais je n'arrive pas, je l'avoue, à être "sur
tous les fronts". Par contre, j'ai l'intention d'élargir
mes propositions dans le domaine du développement personnel à
partir de la symbolique des contes, ces journées seront annoncées
sur mon site. www.emmaconte.com.
Réel : De quelle spiritualité nous parlent les contes,
êtes-vous l'apologiste d'un néo-paganisme ?
Je ne pense pas être l'apologiste d'un nouveau paganisme ! Cela
me fait parfois sourire lorsque je perçois cette tendance chez
des personnes convaincues que liberté rime avec rejet de toute
pratique religieuse ou de toute forme de spiritualité et que
renouveau rime avec retour à des fonctionnement archaïque
dans l'histoire des cultures humaines….Je me contente d'en sourire
car je sais que tout parcours à ses étapes et je ne me
sens en aucun cas détentrice d'une vérité transcendantale.
Mais revenons aux contes ! Ils ont rempli des fonctions multiples et,
s'ils sont toujours l'expression des croyances et de la vie sociale
des personnes qui les ont imaginés, ils ne sont pas tous des
messages du monde spirituel. Parmi ceux-ci, il en est aussi qui véhiculent
une certaine connaissance quant à la place des êtres humains
dans l'univers, quant à l'importance des liens qu'ils nouent
entre eux, hommes et femmes, mais aussi avec tous les autres règnes
de la nature. Lorsque je lis des contes pour choisir ceux qui viendront
enrichir mon répertoire, je suis attirée par ces derniers
parce qu'ils ont une profondeur que l'on pourrait, en effet, qualifier
de "spirituelle". Ils donnent à sentir, à percevoir,
à comprendre, que quelque chose se joue dans les destinées
des personnages du conte qui se tient au-delà de l'apparence,
de la logique, quelque chose qui dépasse largement "le sens
commun". Lorsque l'on raconte ou que l'on écoute ces contes
avec une ouverture intérieure, on éprouve leurs effets
bénéfiques, ils nous recentrent, ils nous aident à
"lâcher prise" quant à la volonté de tout
comprendre, de tout maîtriser, pour progresser dans la confiance
en soi, en l'autre, en la vie, tout simplement ! Cette forme de spiritualité,
cette perception proprement humaine qu'une bonne part de notre destinée
se trouve hors d'une appréhension uniquement mentale est commune,
j'en suis persuadée, à toutes les cultures. J'ai, par
exemple, trouvé un conte d'Afrique Centrale qui ressemble à
s'y méprendre à une parabole de l'Evangile alors qu'on
ne pouvait, par ailleurs, y déceler aucune influence de christianisation
!
Je dirais que certains contes nous parlent d'une spiritualité
à la portée de tout un chacun, homme ou femme d'aujourd'hui,
parce qu'ils nous rappellent, dans le langage symbolique qui leur est
propre, que la vie est le premier des enseignements spirituels. Je suis
intimement convaincue que les personnes qui, pour diverses raisons,
ne peuvent "lire leur vie" avec cet éclairage spirituel
souffrent d'un vide ontologique. Je n'ai pas l'ambition de leur prêcher
"la bonne parole". Mais prendre le temps de leur raconter
un beau conte initiatique et voir leur âme d'enfant rencontrer
leur esprit intemporel, alors que leur regard témoigne soudain
d'une lumière qui s'était éteinte, c'est pour moi
presque un devoir de fraternité. C'est, en tout cas, un grand
bonheur !
Réel : Vos projets actuels vous conduisent vers une démarche
"Art-Développement" de plus en plus marquée,
et ce , tant au plan culturel-social qu'au plan de l'évolution
personnelle… ?
Il est vrai que mon axe désormais est bien celui de ma pratique
artistique reliée au développement personnel.
L'importance de l'art dans ma vie est liée à mon histoire
familiale, plus particulièrement à la personnalité
de mon père. Son influence a été grande, mais,
n'étant ni peintre ni musicienne, j'ai mis beaucoup de temps
à comprendre et à accepter que j'étais une personne
contemplative avec une sensibilité plutôt littéraire.
Il est vital pour moi d'être tout entière présente
à "la poésie de la vie" ! C'est un état
intérieur, une ouverture du cœur et des sens qui peut être
aussi une vulnérabilité. Cette réceptivité
me rend très proche des artistes, des enfants, elle me relie
naturellement à la dimension spirituelle de l'univers sans que
j'éprouve pour autant le besoin d'une pratique religieuse.
“Développement“ parce que j'ai eu besoin d'aller
vers plus de conscience, plus d'équilibre, de pertinence et de
profondeur pour interpréter les contes que je choisis, et pour
établir ces complicités si précieuses avec les
artistes qui m'accompagnent et qui sont devenus des amis. Ce chemin
que j'ai dû faire pour moi-même a été facilité
par des personnes qui avaient la finesse psychologique et les méthodes
adéquates pour que la souffrance des épreuves non assumées
se métamorphose en capacité à exprimer, à
comprendre, à contenir l'émotion suscitée par certains
récits pour aller au-delà et gagner en énergie,
en liberté aussi.
Ce chemin est si passionnant qu'on ne peut s'en lasser et, qu'une fois
certaines étapes franchies, on a envie d'être rejoint par
d'autres dans la joie d'être pleinement soi-même ! Oui,
c'est vrai, je trouve cette perspective exaltante !
Même si chacun est unique, personne n'est indemne de son contexte
social et culturel. Agir, dans la mesure de ses moyens pour que ce contexte
favorise l'épanouissement plutôt qu'il ne réduise
les êtres à des données qui les rendraient "employables,
gérables, manipulables" est un devoir civique. Dans notre
pays, la diversité culturelle et sociale est grande. Malheureusement,
cette diversité a souvent figure d'injustice, comme si il y avait
une hiérarchie imposée ou inéluctable entre les
groupes humains. Ma contribution au développement social et culturel,
je la vois dans les spectacles "contes et musique" que je
présente. Je veille à ce qu'ils touchent des personnes
très différentes et à ce que parmi le public il
y ait ceux qui ressentent la particularité des contes, des chants,
de la musique, de la personne qui m'accompagne, comme faisant écho
à sa propre différence. Et par là, qu'elle "s'y
retrouve" comme on dit. Tandis que les autres vont découvrir
cette richesse, comme un peu de la beauté de l'humanité
mise à leur portée avec la plus grande simplicité.
Les artistes qui m'accompagnent sont d'origine tibétaine, chinoise,
congolaise, algérienne, irakienne et française aussi.
Je pense qu'ensemble nous participons au développement d'une
culture de métissage qui veut offrir plus de place à la
diversité sociale et culturelle.
Retrouvez les spectacles, stages et animation sur : < www.emmaconte.com>.
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